Comment porter du fruit ? Quelle image donner aujourd’hui pour susciter l’envie de vivre en équipe ?
Comme sociologue, on pourrait évoquer le contexte du monde d’aujourd’hui et les défis de l’Eglise en Occident. La dernière enquête en Belgique montre la difficulté de la transmission de la foi, l’individualisation de la démarche religieuse, la montée de l’Islam… Le monde a changé très rapidement et les chrétiens également. Que sera l’Eglise dans 20 ans dans notre pays ? Mais les chiffres ne sont pas très importants. En effet, l’Eglise a commencé avec 12 apôtres seulement ! « L’espérance, c’est un rêve éveillé » disait Aristote, donc à nous d’être acteurs du renouveau. Nous sommes invités chacun(e) à la vérité d’une expérience spirituelle. La chrétienté « sociologique » n’existe plus et ne reviendra pas, seuls restent les chrétiens vraiment convaincus. L’expérience de Ch. Delhez est d’être CS de 3 équipes de couples jeunes, 30 et 40 ans, et animateur de retraites de fiancés. La plupart des jeunes couples qui se préparent au mariage se disent croyants mais non pratiquants, parfois l’un des deux n’est pas baptisé. Ils croient volontiers en un Dieu créateur et protecteur mais ignorent Dieu incarné en Jésus et son Évangile. Or la chose la plus importante que nous ayons à transmettre comme chrétien est le Dieu de Jésus Christ.
Que sont les Equipes Notre-Dame ? C’est un mouvement au service de l’Église – elle-même au service du monde – et de la sainteté de ses membres. Qu’est-ce que la sainteté ? C’est être ajusté à Dieu dans notre agir et dans la qualité de nos relations. Qu’est-ce que l’Eglise ? C’est la parabole de la fraternité possible entre tous les humains, sous le regard d’un seul Père, dont nous sommes tous les enfants. Cela implique une solidarité nouvelle à vivre notamment dans nos équipes à tous les niveaux (spirituel, amical, matériel, financier). Nous sommes appelés à une foi joyeuse, audacieuse et décomplexée. Comme chrétiens, en effet, nous sommes souvent complexés, mais s’il est normal que nous nous posions des questions sur notre identité et notre devenir, nous n’avons pas à justifier sans arrêt notre foi, nous avons à la recevoir comme un cadeau. Nous avons à vivre notre foi avec audace et à la célébrer joyeusement, que nous soyons 12 ou des millions. L’Eglise est parfois tentée par le découragement. Les apôtres eux ont « cru tout simplement » et l’audace et la simplicité des chrétiens des premiers siècles a engendré la contagion qui a répandu le message dans l’empire romain et le monde entier, bien sûr avec des hauts et des bas au cours de l’histoire. Il n’y avait au début aucune institution à sauver, mais une foi à vivre fidèlement. La restauration est impossible et n’est pas souhaitable. Il serait absurde de renier le passé mais il nous faut réinventer une Eglise nouvelle, regarder devant nous et mettre en œuvre d’autres manières d’être Eglise, plus adaptées à aujourd’hui. « L’erreur de l’Eglise est d’avoir cru que le successeur de Jésus était Pierre, alors que c’est d’abord le Saint-Esprit » dit le Père Joseph Moingt. Jésus n’a pas inventé de structures mais c’est à chacun d’être créatif et inventif avec l’aide de l’Esprit Saint, comme les premières communautés.
Cette même audace joyeuse est à découvrir et à vivre dans nos équipes, elle est un lieu d’accompagnement spirituel des équipiers les uns par les autres. Les END sont un mouvement au service de l’Eglise, peuple de Dieu. L’engagement des équipiers dans les paroisses et d’autres réseaux ou lieux de solidarité donne du souffle à l’équipe et inversement car c’est un réseau de relations et d’amitié dans le Seigneur. Nous avons en commun de (re)découvrir l’Evangile et d’en garder la mémoire. « Il nous reste l’Evangile par lequel tout a commencé » écrit le Olivier Le Gendre. Cet auteur dans « Confession d’un Cardinal » raconte comment passer d’une foi organisée en institution à une foi vécue sur le terrain comme témoin au service des plus pauvres.
« Nous entrons dans l’Eglise du baptême des adultes » disait déjà Jean Delumeau, il y a quelques années. Nous le voyons maintenant dans beaucoup de paroisses. La liturgie est le lieu de la foi célébrée ensemble, en sachant que nous sommes tous « pasteurs » les uns pour les autres et appelés à vivre concrètement l’Evangile. (Certaines équipes prennent comme thème de revisiter la vie des saints, de voir comment ils ont vécu et inventé l’Evangile à leur époque et de nous en inspirer pour notre vie maintenant.) Dans l’équipe, nous nous entraidons par le dialogue spirituel. Comment ? D’abord en nous écoutant les uns les autres et puis en étant témoins les uns pour les autres. L’équipe peut alors être un lieu d’engendrement spirituel réciproque. Les points concrets d’effort, que l’on pourrait appeler “ points de repères pour une vie spirituelle”, nous sont donnés pour nous y aider.
Trois de ces points sont cités : 1.la retraite : moment idéal pour intérioriser notre relation à Dieu et aux autres 2.la prière quotidienne : il est difficile dans les vies active et familiale intenses de libérer du temps pour la prière mais il s’agit surtout d’avoir le souci d’une vie spirituelle entre les conjoints. 3.le dialogue dans le couple ou devoir de s’asseoir Nous pouvons proposer ce chemin de vie spirituelle à des jeunes couples, même si c’est à contresens de la société marchande. Etre chrétien, ce n’est pas d’abord croire que Dieu existe, ni même qu’Il est amour ou croire aux articles du Credo et à une doctrine, mais c’est s’accepter comme les mains de Dieu dans le monde, les continuateurs de la création, c’est se sentir porteurs de la tendresse de Dieu pour tous les hommes. Cette tâche, au nom de l’Évangile, constitue notre identité première : être du Christ. Comme humains, nous avons plusieurs identités mais la première de toutes est d’être du Christ.
Quelle est la spécificité des END ? 1.conjugale : nous sommes des couples mariés, ce qui ne nous empêche pas de rester fidèles aux équipiers devenus veufs ou divorcés remariés et qui voudraient cheminer avec nous. 2.chrétienne : nous voulons être fidèles à l’Evangile dans la vérité et vivre la fraternité (ce qui ne nous empêche pas d’accueillir un conjoint qui ne partagerait pas notre foi). 3.ecclésiale : notre équipe fait partie de l’Eglise locale, sorte de laboratoire d’une Eglise nouvelle qui se cherche : « l’heure est venue d’adorer Jésus en Esprit et en vérité » dit St Jean ; nous sommes aujourd’hui témoins de l’amour de Dieu pour le monde. 4.rythmée mensuellement : la fidélité au rite aide à s’inscrire dans le temps pour échanger, approfondir notre foi, prier, vivre la fraternité et l’amitié.
Le sacrement de mariage, comme les autres sacrements, est à redécouvrir. Son originalité est de confirmer de l’extérieur ce qui est vécu à l’intérieur, c’est le signe privilégié d’un Dieu qui nous aime. Le signe donné par le prêtre et la communauté des croyants confirme l’amour vécu dans le couple et l’engagement de l’un envers l’autre. Notre société étant « a-mariage », le problème de l’engagement nous dépasse, nous ne pouvons que témoigner de notre joie de le vivre et de notre fidélité.
L’exigence de l’équipe est d’aller toujours de l’avant, d’être un lieu ouvert et créatif. Si nous vivons de façon joyeuse et audacieuse un projet auquel nous croyons vraiment, nous aurons à cœur de le proposer autour de nous.
Livres auxquels il est fait référence : « La foi d’un Cardinal » Olivier Le Gendre ( J-C Lattès, 2007) « Le Christ philosophe » Frédéric Lenoir (Plon, 2008) « Passeurs d’Evangile » Philippe Bacq et Christoph Theobald (Lumen Vitae, 2008) « Guetter l’aurore. Un christianisme pour demain. » Jean Delumeau (Grasset, 2003)



